CHRB

Le mouvement de l’arbre en puissance perpétuel, l’arbre poursuit son chemin en moi, traçant une voie que je peux suivre.

SCHL

Savoir faire des idées aussi virales que le virus, qu’elles bénéficient d’autant d’infrastructures que les sociétés en ont fourni à l’économie et… au virus… une idée, belle, puissante, c’est une autre sorte de virus, elle a ses modes, ses rythmes et son temps à elle, dessinant son génome du temps.

Nous ne savions pas pourquoi se battaient nos pères, énoncés leurs motifs nous auraient fait sentir notre place infime ou marginale, enfermés avec eux, se dessinaient immanquablement des territoires : de partage, d’échange, d’exclusion, de fuite, …

AAAA

“Ça m’aura pris un temps infini de revenir à vous. Un temps infini. Non précisément 3 ans. Je pourrai recommencer cela huit fois. Exactement.” 

Ce sens de l’infini.

QEHK

“Et si nul ne vient nous parler, nous ignorons tout de l’état humain” Dante, La Divine Comédie, L’Enfer, Chant X

WIYE

Elle coule sans cesse. Ce qu’elle charrie, avec beaucoup d’efforts on peut le recueillir. Ces objets déposés sur tes grèves ne t’apprendront rien d’elle, mais c’est tout ce que tu peux recueillir.

LMBE

On a dit “impensé”, et “désastre”. Ce que tu n’as pas saisi, c’est qu’on t’indiquait ainsi la porte du domaine où il te fallait vivre.

On a dit “lieux de passage”, et tu saisis enfin que c’est là que tu resteras. 

RIKD

Là, il y avait l’amour, et le silence, et le langage du corps, qui excède en tout le langage.

Il ne reste que la langue commune.

OEAN

Si on donnait la possibilité à l’océan de s’exprimer avec nos signes, qu’exprimerait-il ?

QKCE

Aveugle, tu t’es dit “Je vois mieux”, et “J’ai enfin vu”.

Mais qu’as-tu vu ?

CRPO

On essaie de se raconter, sans paroles. Juste par des mouvements, des postures.

Parfois sans destinataires, ou encore sans témoins.

HIER

(…) je ne sais pas comment il se prononce. C’est un de ces mots, restes de langues qui n’ont jamais existé, ne se prononcent pas, ne peuvent se reconstituer sans se perdre, comme il en existe tant, autant que de galets sur une plage, sans rapports entre eux, restes sans mémoire d’histoires sans témoins ou pas vécues.

AJTE

Les Allemands ont un mot pour dire présent : Gegenwart

Il s’agirait alors ici de donner un sens à Gesternwart, formé de la contraction de Gestern et Gegenwart. 

Et se souvenir que Stern veut dire Étoile dans cette langue.

Tout cela est totalement gratuit.

CENT

Enfance, petite enfance.

Lui poser la question. Trouver le moyen de la lui poser. Trouver la façon de la formuler. Une question sur le temps de l’enfance, le langage, l’éternité dans un temps ramassé, une éternité finie.

HECK

D’abord il y a eu le problème de la mort, puis celui de la violence. 

Infinitésimal et convergences de suites à l’infini, puis échelles harmoniques.

SUKC

Il faut imaginer ou plutôt comprendre que chaque mouvement de l’arbre, de chacune de ses branches, de chacune des aiguilles au bout de ses branches, est absolument irréductible à tout autre, inclassable, inouï. Il ne peut être déduit des gestes précédents immédiatement pas plus que de quelques moments plus lointains. On ne pourrait pas non plus déduire le moindre instant dans l’avenir de ce qu’on peut observer.

Imagine alors chacun de tes pas de la même façon. Peut-être enfin apprendras-tu à marcher.

ASCH

Imagine que ce que tu nommes dessin et vois dessin, est la trace d’une multitude de mouvements indépendants, sans liens ni coordination, fruits d’aucune histoire ni intention commune.

La très petite trace des mouvements, que la page que tu as disposée pour les recueillir te livre dans un espace limité te fait l’effet d’un tout, étrangement familier, banal même, et hospitalier, harmonieux. 

On peut ici commencer à poser la question d’un génome du temps.

DIOG

« Qu’as-tu fait de ce temps si tu ne l’as pas employé à vivre ?

– Je l’ai passé à naître.”

(… pourrait être l’extrait d’un conte animalier, un dialogue de hannetons)

LAME

(…) j’oublie le passage du vent dans les branches de l’arbre qui se traduisait par un changement permanent des ombres sur la table de pierre.

Pourtant je suis toujours présent parfois dans cette sorte d’île, de lieu sous l’arbre où je pressentais que le passage du vent dans les branches et la mobilité des ombres sur la table de pierre serait signe de l’oubli et de la permanence d’un passage dans la mémoire et sans traces.

La présence insistante d’une absence que je pouvais sentir plus intensément qu’un corps sans doute par les mouvements des ombres et de la lumière sur la table de pierre et par le souffle incessant dans les branches de l’arbre dont j’oubliais la présence.

Comme gestes affairés légers autour de moi qui m’oubliais dans la sensation d’une présence qui ne trouvait pas de corps pour s’incarner.

Alors là, mais où ?, il y avait un arbre, et les mouvements des ombres de ses branches, innombrables, incessants, dans les souffles de vent, sur la table de pierre. J’avais déposé une feuille pour qu’il dessine, un a3. Moi, je ne faisais que passer ou retourner voir, comme un contremaître qui vient constater l’avancement d’une tâche.

J’oublie souvent et me souviens parfois que je promène le regard d’un mort (…)

WORT

Tout est affaire d’espace sauf l’espace qui est affaire de temps ? Quand un amour a passé, doit-on dire plutôt qu’il n’a plus lieu ?

PLAN

Seule harmonie : rapport de deux mouvements quelconques, indépendants et irréductibles l’un à l’autre.

Problème : trouver un plan dans lequel recueillir ensemble quelques unes de leurs traces.

QLVJ

Tu touches son bras, et lui dis :

“Mon bras, il ne peut rien pour vous… Si vous avez éprouvé quelque réconfort que ce soit lorsque j’ai exercé cette légère pression sur votre avant-bras, ce sentiment vous ne le devez qu’à vous-même…”

Pourtant on préfère rester dans la gêne et la douleur souvent jusqu’au moment où une autre main se posera sur votre bras, et qu’on pourra attribuer à cet autre la dose de réconfort éprouvée.

On entretient au-dedans, souvent jusqu’au sacrifice de pans entiers de soi, cette sorte d’infrastructure, lieu de passage et place de l’autre. 

QACR

Architecture. Autant comme façon de rendre un espace possible que d’y construire même.

Puis la synthèse de l’espace et de la construction.

Et si tout cela doit prendre place dans le réel, cette question d’éthique  qui fait circuler l’esprit entre possible et désirable.

PAGE

Portes, autant de pages d’un livre. L’histoire est écrite sur l’âme du bois, ou dans chaque pièce qu’elle fait communiquer.

Portes comme virgules dans l’espace construit.

Porte, page et passage.

LIEU

J’ai le soupçon de cela : l’arbre dans sa dimension locale, son envergure, celle de son branchage, jouissait de sa propre étendue et loin d’être planté là il connaissait l’infini, l’univers sans limite de son corps qu’il ne reconnaissait sans doute qu’à l’occasion comme sien.

Cette forme de liberté centrée sans centre.

Peut-être cette façon de faire lieu ou monde à l’inexistant centre d’un espace sans forme.

ATST

Il s’agit d’autre chose que de l’idéalisme.

Plutôt quelque chose qu’on aurait découvert niché en soi, une forme de perception singulière, un sentiment tenace.

Quelque chose qui subsiste et qui vous semblerait avoir traversé le temps. Je veux dire davantage que le temps que les choses ou émotions ordinaires peuvent traverser.

Sentir que ce morceau de soi avait capturé du temps, ou avait traversé le temps en restant inaltéré, a pu vous rendre méfiant ou même vous inquiéter: de l’inquiétude de ceux qui possèdent ou croient posséder quelque chose.

AGME

… car tout ce qui ajoute au jeu ou le contraint peut le tuer. Son extrême fragilité est son plus grand atout.

MBTA

Je vois passer un poisson d’argent sur le carrelage de l’appartement que j’occupe à Beyrouth, et me dis : il ne mange que de petites fibres, peut-être même que de la poussière… La nature a mis au monde un être qui mange de la poussière. Un chevalier de la poussière.

Et puis : qu’est-ce qui a fait que je suis homme et lui poisson d’argent ? Pourquoi n’ai-je pas été un poisson d’argent ? Quelle probabilité de cela ? que je sois un homme et lui autre dans l’ordre du vivant ?

C’aurait été bien moins improbable que de voir de mon vivant une vie venue d’ailleurs.

MORT

Tu peux revoir l’angoisse monter en toi, ou autour de toi et tout submerger : situation où, voulant vivre comme tous les autres, tu es condamné à mort durant l’enfance et ne trouves aucune issue ni en toi ni hors toi.

LIED

Tu comptes tout avec une telle méticulosité.

Tu conçois ton propre labyrinthe.

ULIE

Est-ce parce que tu échafaudes en grande partie la réalité dans laquelle tu te tiens que tu n’es jamais parvenu à retrouver le chemin de ceux que tu aurais perdus ?

Tu enterrerais dans les décombres de ton désir les êtres que tu as aimés.

Et ne cesses de les aimer quand tu en as perdu le désir.

GEST

À peine reconnu, l’arbre commençait à étendre ses mouvements vers l’avant et vers l’après.

VATE

Se projeter au présent au loin est impossible mais ressentir l’insensible de là-bas, saisir dans l’immédiat ce qui est au-delà de ce que je peux sentir.

ANNA

Il est impossible même si on n’en détache pas les yeux de connaître la trajectoire d’un homme traversant une pièce.

LUCO

Elle est retrouvée.

Quoi ? – L’éternité.

C’est la mer allée

Avec le soleil.

Arthur Rimbaud, Quoi ? L’éternité

ZZZZ

on ne perd jamais assez

il faut que les maris laissent partir leurs femmes

que les amants laissent partir les amantes

et les hommes et les femmes leurs coeurs

les esprits leur mémoire

le vent son souffle et l’océan sa mer

le lit son fleuve

les hommes leur amour

le temps que le feu dévore tout une éternité

que ce monde effondré soit rendu à lui-même

plus une ville plus un visage plus un enfant plus un amour

fleurs fanées résistent mieux que fleurs vives toujours déjà passées

champs de coquelicots sitôt cueillis sitot fanés, ne sachant pas faner

champs d’oliviers pétrifiés

FERA

L’arbre prend-il du plaisir à dessiner ? sans doute pas, il est plus certainement dans la joie du mouvement de sa ramure lorsque, par la ficelle nouée, il agite un crayon.

DIRO

Nos chairs sont tendres si nous disparaissons rien de nos histoires ne sera conservé 

pas davantage répété 

comme des herbes formant des motifs très beaux dans la campagne qu’un marcheur foule aux pieds sans voir

GHVS

Ça sentait le savon et la poussière. C’était une sorte de sous-oeuvre, un cagibi, c’est comme ça que sentent les lieux de passage. On n’y passe pas. C’est comme ça que passent les points de rebroussement. On n’y va nul part mais les choses y passent. Des choses s’y passent avec un parfum d’aventure.

AHST

J’ai trouvé un moyen d’y revenir. Il a suffi que je chemine distraitement le long d’une échelle sur laquelle les mois étaient inscrits à rebours.

QUAT

Si je retombe sur un motif analogue à un précédent dans ce travail, il faudra les voir comme je vois deux traits proches tracés par l’arbre sur la feuille : s’ils ont lieu commun, ils ne peuvent être liés par rien

JEVO

Mais je vous écris de ces moments-là où si jeune à toute époque de ma vie j’ai été aboli dans la sidération, un instant éternel dans la magie intime d’un corps

CQTT

Enfant on croit aux premières choses qui tombent d’une boîte. Les animaux, le premier qui tombe… celui qui se retrouve le plus loin… Premier contact immédiat avec le réel. Et on s’y forme.

ILES

“Il disparaissait par chute, voilà ce que je n’avais pas compris”, Henri Michaux, in Mes propriétés.

 

POST

Je travaillerais à la fois à l’écriture du texte et à son incinération.

Incinérance en quelque sorte.

LIEG

S’il attend dans un lieu de passage, ce n’est pas pour nous voir passer. 

Il patiente simplement au milieu de l’espace libéré des habitudes du désir, comme distendu ou dévasté.

MAET

Il existe des périodes qui vous transforment et vous dévastent, et ont l’air de l’intérieur incommensurables, et pourtant durent trois ans.
Avoir un enfant et passer les premières années avec lui, une passion ou un long affolement amoureux, …

Un architecte, s’il en existe, doit savoir, dans un espace limité, mesurable, créer des lieux qui ont cette vertu d’être des tout, des infinis ou incommensurables, être les lieux des ces temps paradoxaux, métaphysiques.

À ce titre, un architecte me semble devoir, nécessairement être métaphysicien. Concepteur d’espaces métaphysiques, c’est à dire tout simplement de lieux.

Un génome du temps pourrait s’appeler : Une architecture du temps“.
Faire dessiner le temps, lui en fournir les outils : génomique ou architecture.

Le réel est le lieu dans lequel il n’y a pas eu besoin de l’homme pour aboutir à cette synthèse : un processus construit et architecturé qui donne au temps la possibilité de dessiner à l’échelle ou dans un cadre accessible à l’entendement humain.

GMSE

L’arbre segmente. Mouvements de balancier.Plus que tracer, écrire ou dessiner, il coupe.

RIVE

Creuset, de contact intime avec le temps, l’angoisse, le soir, la petite métaphysique dans la douleur, le plaisir comme couleur vive, …
Je créais sans cesse et elle, me surplombant à peine de quelques mots, me rattrapait toujours quand je commençais à glisser dans les trappes. Cela est sous-jacent à toute forme de création plus élaborée, post création reposant au fond sur les embranchements de cette métaphysique intime. A partir du moment où on crée depuis l’intime de son corps (pas nécessairement son propre corps), assez aisé d’y faire couler de l’eau dans la place de Tirana, sa semence  dans son corps a elle, … Pas plus difficile de faire naître le projet d’une colline d’un rêve agité ; compter sur son corps d’une autre façon pour entrer en lien avec un corps social et comprendre les liens intimes qu’il tisse avec son histoire ; faire jaillir des traits et des réseaux vers les espaces vastes du langage depuis des asters intimes, intenses, des passages sans médiation ou transition de l’infime à l’immense ; construire dans ces proportions des rapports d’échelles architecturaux ou comprendre un territoire urbain comme on sent une parcelle de son corps.

EICS

Les sciences m’ont donné le goût d’un fort rationalisme, et le sens de l’importance d’une certaine dose de folie et de faiblesse, la conscience du danger de croire à la logique.